3 enseignements du mythe de la nef des fous

3 enseignements du mythe de la nef des fous

Derniere mise a jour : 28 mars, 2018

Le mythe de la nef des fous a commence a etre mentionne en 1486, a l’aube de la Renaissance. Un homme appele Sebastian Brandt ecrivit un long poeme intitule Arrenschiff ou Stultifera navis. Ce dernier traite du voyage en mer realise par 111 fous, pour se rendre a un endroit appele “Narragania” ou “Locagonia”.

Jeronimo de Bosh, El Bosco, fut plus direct. Il elabora une peinture intitulee “La nef des fous”. Il y capture le pelerinage d’un groupe d’hommes et de femmes n’ayant pas toute leur tete et voyageant par mer vers une destination inconnue. Il s’agit de l’essence du mythe de la nef des fous. Ceux qui ne coincident pas avec le schema de la raison collective doivent etre jetes dans l’immensite de l’ocean. Ils sont destines a une vie errante, sans pays, sans terre ferme. Une derive sans fin.

“La folie ne peut pas etre trouvee dans la nature. La folie n’existe pas sauf dans une societe, elle n’existe pas en dehors des formes de sensibilite qui l’isolent et des formes de repulsion qui l’excluent ou la capturent.”

Michel Foucault, dans son ouvrage intitule Histoire de la folie a l’epoque classique, fait allusion au mythe de la nef des fous. Il indique que ce dernier pourrait disposer de veritables fondements. Il existe des documents de l’antiquite et du moyen age dans lesquels sont mentionnes des navires dont la cargaison etait de nombreux “fous”. Selon ces temoignages, ils n’etaient autorises a accoster dans aucun port. Ils devaient rester loin de tout le monde.

Le mythe de la nef des fous se situe dans l’essence meme de la construction du concept de folie. Egalement dans la reponse de la societe a cette derniere et dans le traitement qui devrait automatiquement lui etre applique. Nous pouvons en retirer plusieurs enseignements, voici trois d’entre eux.

1. La folie est intolerable pour la societe

Les premieres approches relatives a l’etude de se qui se passait dans l’esprit des individus ont ete realisees dans la Grece Antique. Il existait une ambiguite a ce sujet. La folie ete consideree comme une condition demoniaque puis, avec Hippocrate, tel un desequilibre des humeurs du corps qui devait etre traite avec un regime approprie. Quelque chose de similaire eu lieu dans la Rome Antique.

La folie est definitivement entree dans le domaine du surnaturel au Moyen Age. Nous ne parlions pas de folie en tant que telle, mais de possession. L’ostracisme et la segregation etaient, a cette epoque comme dans les annees precedentes, un traitement normal pour les personnes souffrant de troubles mentaux.

2. Le mythe de la nef des fous et la brutalite

Contrairement a d’autres patients, le fou n’est pas plaint. Il est fondamentalement craint. Bien que les troubles mentaux ne soient en principe pas “contagieux”, comme le serait la lepre ou la tuberculose, ils dechainent neanmoins un profond rejet de la part des autres. Ce rejet s’est souvent traduit par la brutalite.

Le mythe de la nef des fous represente un moyen intolerant et cruel de faire face a la maladie mentale. Cependant, la segregation n’est que l’une des facons les “moins radicales” pour traiter la folie. Ont existe et existent d’autres pratiques beaucoup plus brutales. Par exemple, des personnes atteintes de troubles mentaux ont souvent ete torturees.

Au Moyen Age, les “insenses” etaient brules, battus et souvent traites comme des animaux. On croyait qu’existait “la pierre de la folie” et qu’elle se trouvait dans le cerveau. De nombreuses personnes ont ete mutilees afin d’extraire cet element du mal. Avec l’epoque moderne est apparue et s’est repandue l’idee que les fous devaient etre confines, plutot que de les envoyer dans un voyage errant, comme cela fut le cas dans le mythe de la nef des fous.

3. Le concept de la folie est diffus et imprecis

Meme au 21eme siecle il n’existe pas de concept definitif de ce qu’est la folie. Ceci est d’autant plus vrai a des epoques anterieures. Pendant le Moyen Age et l’Age Moderne, quiconque deviait de la norme etait appele fou. Cela englobait les handicaps cognitifs, les personnes rebelles, les prostituees et a presque tous ceux qui ne respectaient pas les parametres predominants.

Beaucoup seront certainement etonnes de lire ceci. Peut-etre penseront-ils que nous vivons heureusement a une autre epoque. Cependant, le changement n’est aujourd’hui pas si perceptible. Nous vivons dans une societe qui n’accepte que des delires collectifs. Par exemple, la conviction selon laquelle telle marque nous rend superieur. Il existe des pays dans le monde ou certaines personnes croient etre superieures aux autres du fait de porter des vetements d’une certaine marque. Ceci n’est pas considere comme de la folie. En revanche, un discours tenu par un seul individu est percu comme malsain et est traite en consequence dominican cupid connexion.

La cruaute continue de hanter la maladie mentale. Cette insensibilite nait parfois dans la famille meme de ceux qui tiennent des discours delirants ou sont victimes d’hallucinations. L’exclusion reste un moyen de remedier a cette situation. Comme dans le mythe de la nef des fous, de nombreuses personnes atteintes de troubles mentaux sont laissees a leur sort. Nous les rencontrons parfois dans les rues de nombreuses villes a travers le monde. Ou dans un va-et-vient incessant au sein des institutions mentales, lesquelles cherchent rarement a les soutenir et a les promouvoir. La segregation, le secret et la dissimulation, continue de prevaloir, comme si la folie constituait une realite qui pourrait disparaitre en la dissimulant sous une couverture.